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Anorexie: Les hommes aussi

Bien souvent assimilée à une «maladie de fille», l’anorexie concerne aussi les hommes. Entre prise en charge tardive et clichés, l’anorexie masculine est encore mal connue et largement sous-estimée.


À 16 ans, Gaël Michel n'est pas obèse, simplement un peu rond. Suffisamment, en tout cas, pour attirer les railleries de ses camarades. Son homosexualité, il a du mal à l'assumer. Quant à l'éloignement de sa meilleure amie, il ne l'a pas supporté. Il fallait reprendre le contrôle sur quelque chose. Son mal-être s'exprime alors rapidement à travers l'anorexie. «Au début, je faisais simplement un peu de sport et attention à ce que je mangeais», explique-t-il.


Benjamin Watson - Flickr - CC


Le point de non-retour

Dès les premiers kilos perdus, les compliments de son entourage abondent. Mais sur la balance, les chiffres se succèdent, toujours plus petits. L'adolescent, au sourire encadré de fossettes rieuses, s'abandonne à corps perdu dans le sport (footing, natation, marche) et exerce un contrôle strict de son alimentation: pas plus de 500 calories par jour. Une pomme, un yaourt et un peu de muesli. La restriction devient un plaisir addictif, presque une fierté. «On est dans un état dichotomique. Une partie de toi sait que tu te fais du mal. L'objectif final c'est quand même la mort. Mais l'autre partie veut vivre. Je n'ai pas vu le stade où ça allait trop loin», souffle doucement le jeune Perpignanais.


Un jour, il tombe à 47 kilos, pour un mètre quatre-vingt sept. Soit une perte de 27 kilos en trois mois. Sa mère, qui n'avait rien remarqué jusque là, l'emmène d'urgence chez le médecin. Là, il se heurte à l'incompréhension d'une partie du personnel médical. «Le premier médecin que j'ai vu m'a dit de manger des pâtes pour aller mieux. Il ne s'est pas rendu compte que j'étais anorexique. Et ma diététicienne m'a fait un plan alimentaire. Personne ne pensait à traiter le fond du problème.»


Gaël Michel est formel: on ne parle pas suffisamment des hommes anorexiques. «J'ai fait des recherches sur le sujet quand j'étais encore malade. Dans les interviews, les spécialistes parlent tout le temps au féminin. On se sent déjà à part parce qu'on a un trouble du comportement alimentaire (TCA). Mais en étant garçon on est encore plus dans une minorité. Ça fout un peu les boules. Quand je regardais des émissions sur l'anorexie, je me disais “Et moi?”»


Dans l'inconscient collectif, un cliché persiste: les anorexiques sont des filles. Un stéréotype renforcé par un chiffre avancé par la plupart des spécialistes, et repris par la Haute Autorité de Santé en 2013: sur dix patient·es anorexiques, seulement un serait un homme. Mais ces chiffres cachent une nuance: ils ne prennent en compte que les patient·es traité·es. Et c'est là que ça pose problème, car beaucoup d'hommes passent alors à la trappe.


Pour la psychiatre Christine Foulon, les hommes anorexiques sont bloqués par un problème de représentation. «L'homme doit être viril, et comme l'anorexie est une maladie stéréotypée, associée aux femmes, les garçons hésitent à aller consulter», explique-t-elle. «Les filles viennent directement me voir pour des problèmes d'anorexie. Elles ont posé le diagnostic toutes seules. Pour les garçons ce n'est pas le cas. Ils ne vont pas directement y penser». C'est ainsi que beaucoup d'hommes passent au travers du diagnostic, ne sont pas soignés et finissent par guérir seuls... en tout cas pour les plus chanceux.


La suite sur

http://www.slate.fr/story/183270/hommes-anorexiques-stereotypes-maladie

Inès de Rousiers — 25 octobre 2019 à 7h00

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